La pastorale de la santé à Albi a souhaité partager avec des membres de la chaire Rodhain de Toulouse des réflexions sur l’accompagnement des personnes âgées le 16/10/25 dans le cadre de la formation des bénévoles présents au nom de la pastorale dans les EHPAD et hôpitaux.
Aude Bernard et Marie-Christine Monnoyer ont répondu avec plaisir à cette invitation. Proposant une réflexion en 4 temps qui ont suscité de nombreuses questions et de multiples exemples enrichissant aussi bien les participants que les intervenantes
1.Quitter son domicile du fait de l’âge, une inquiétude, voire une angoisse
- Qu’il s’agisse d’aller chez ses enfants ou en Ehpad :
- Perte de liberté personnelle, rapport à son indépendance financière, au choix de ses rencontres et relations
- Perte d’autonomie
- Être une charge/ sa famille
- Être dépendant
- Peut-on s’y préparer ou réparer une décision déjà prise ?
- La décision devrait être prise en accord avec la personne concernée, et elle suppose du temps, une préparation, voire une expérimentation. C’est de fait le respect de la liberté personnelle…. Cela ne veut pas dire que c’est accepté : « vous m’avez mise en prison »
- Une réparation est possible avec les membres de la famille si les points d’achoppement sont revus : mobilier personnel, dimension financière (second compte bancaire ou carte), téléphone mobile adapté, abonnement à Famileo …., sorties organisées en famille ou avec des amis …
- Peut-on y échapper ?
- Existence d’aidants, proximité de soins, culture familiale
- Souvent situation temporaire
2 Que dit le droit du grand âge?
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Le Président François Mitterrand évoque pour la première fois le 17 octobre 1990 l’idée de repenser l’approche de la mort. Les soins palliatifs sont alors introduits dans la réforme de l’hôpital par la loi du 31 juillet 1991[1] portant obligation pour l’hôpital de les assurer
Le 4 mars 2002[2], la loi Kouchner « loi relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé » introduit pour la première fois un statut aux « personnes malades », leur accordant un régime juridique, et évoque la question de la « démocratie sanitaire ». De même, « la personne de confiance » est évoquée sans pour autant lui accorder un rôle quelconque dans le cadre de la fin de vie.
Le Président Chirac, en 2003[3], aborde la question de l’expansion des soins palliatifs. Le 22 avril 2005[5], la loi Leonetti, issue des travaux menés par le député avec Madame Marie de Hennezel relative aux droits des malades et à la fin de vie est adoptée. Elle précise qu’« en toutes circonstances, le médecin doit s’efforcer de soulager les souffrances de son malade, l’assister moralement et éviter toute obstination déraisonnable dans les investigations ou la thérapeutique » (article R. 4127-37 du Code de la santé publique) et que « le médecin doit accompagner le mourant jusqu’à ses derniers moments, assurer par des soins et des mesures appropriés à la qualité d’une vie qui prend fin, sauvegarder la dignité du malade et réconforter son entourage » (article R. 4127-38 du CSP).
La loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016[6] précise clairement que l’euthanasie et le suicide assisté sont interdits mais que « la sédation profonde et continue jusqu’à la mort »[7] est autorisée à trois conditions cumulatives : le malade doit être en phase terminale, en très grande souffrance et son pronostic vital doit être engagé à court terme. La classe politique s’était préalablement investie dans ce débat de société, laissant apparaître les faveurs et défaveurs personnelles au sujet de cette loi indépendamment du groupe politique auquel les politiciens appartenaient[8].
Cette loi, a très rapidement engendré de nouveaux débats et interventions politiques[9]. En juin 2021, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) s’auto-saisit de la question de la fin de vie. La Première Ministre, Madame Borne a lancé la Convention citoyenne sur la fin de vie le 9 décembre 2022, laquelle a rendu son avis le 3 avril 2023.
3.« Mon corps décline, ma pensée croît ; dans ma vieillesse, il y a une éclosion » Victor Hugo
- Tout le monde n’est pas Victor Hugo …, mais
- Il est souvent difficile d’imaginer son âge, on le voit surtout dans le regard des autres
- Donc aidants et visiteurs ne devraient pas associer âge connu et comportement typé (incapacité, regard sur leur passé, non-intérêt pour l’avenir, non-intérêt pour des relations amicales nouvelles voire même amoureuses…)
- Découverte de son potentiel mal connu dans les ehpad
- La vieillesse apparente fait oublier ce que les personnes ont été et ce qu’elles pourraient de ce fait encore partager au sein d’une institution ou avec leurs proches : métier, expérience, histoire personnelle, hobby, passion, alors que la génération Z est en manque de repères ….
- Ces partages sont beaucoup plus riches que nombre d’activités ludiques souvent proposées et sont surtout très valorisantes pour chacune des parties ;
- Découverte de son potentiel caché
- La prise en compte de la réduction de ses forces peut être vécue douloureusement, mais si l’entourage professionnel ou amical est positif, le potentiel caché peut émerger. Découverte d’un intérêt pour la méditation, pour l’observation, pour la poésie, pour la musique … nombre de personnes et en particulier les femmes n’ont pas eu accès aux richesses artistiques ou philosophiques et les découvrent.. …
- certaines personnes ont eu une pratique religieuse limitée à des célébrations dans lesquelles elles n’étaient pas intégrées et s’ouvrent avec bonheur à une connaissance des textes sacrés parfois de religions différentes de la leur
- d’autres redécouvrent une pratique de la prière d’action de grâce alors qu’elles n’avaient vécu que des pratiques de demandes…
- Découverte de sa sensibilité corporelle
- Le vieillissement du corps est douloureux psychiquement, car on n’aime plus son corps, on ne le sent plus digne d’être aimé ou au moins regardé. Certaines personnes ne veulent plus être prises en photo…. D’autres ne veulent pas être vus en fauteuil roulant… mais lorsque ses arrière-petits-enfants ont décidé d’appeler ma mère « mamie roulettes », elle a changé de regard sur son fauteuil !
- Les attentions qui sont portées au corps par le personnel soignant ou par la famille sont parfois difficiles à accepter et pourtant ! Par les bienfaits que ces soins, ces caresses apportent, elles peuvent changer le regard que la personne porte sur elle-même. Elle redécouvre les plaisirs que chacun a vécus enfant quand il était soigné, cajolé… La relation aux autres peut en être transformée et conduire à une diminution notable de la violence de certains et permettre un chemin vers un développement de la spiritualité.
4. La lutte contre la solitude ressentie
- La solitude est avec la douleur physique, la charge la plus lourde du vieillissement. Elle fait apparaître la vie comme inutile, sans but, voire sans sens à la poursuite de la vie. Si certains points sont inéluctables comme la perte des êtres chers, l’adaptation au lieu d’accueil et la découverte de nouveaux possibles, en sont les meilleurs soins.
- « Réparer » la vie de ceux qui vieillissent en les ouvrant sur leurs potentialités, leurs capacités spirituelles, c’est aussi donner du sens à la vie de ceux qui accompagnent leur quotidien, voire à certains de leurs proches qui ont vécu des moments douloureux avec leurs parents dans le passé.
- La solitude est aussi ressentie par les proches lorsque le contact avec la personne âgée se dégrade (non physique), lorsque la maladie devient douloureuse. Les accompagnants professionnels ou amicaux doivent alors aussi élargir leur regard….



