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Culture du don, Utopie ou réalisme prophétique – Présentation du colloque

Culture du don :

Utopie ou réalisme prophétique ?

Session interdisciplinaire

6 et 7 janvier 2014

Faculté de Théologie,  Chaire Jean Rodhain, et l’IERP de l’Institut Catholique de Toulouse

Présentation des intervenants :

Etienne Grieu,
Doyen de la Faculté de théologie, Centre Sèvres, Facultés Jésuites de Paris

L’alliance biblique, une figure de l’insertion du don au sein des rapports humains
 

Pour réfléchir sur la place du don dans les rapports humains, un petit travail sur l’alliance biblique peut être riche d’enseignement. Il y est question, en effet, de la manière dont un engagement sans condition préalable et dénué d’une visée de rétribution – celui de Dieu, vis-à-vis de son peuple – s’insère dans des rapports institués, qui eux, par définition, veillent à un ordre et portent le souci de justes mesures. Cet engagement de Dieu donne naissance à un peuple dont l’organisation fait écho à ce dont il bénéficie de la part de son Seigneur : les rapports institués – donc marqués par la contrainte et le calcul – travaillés par la Loi, permettent de rendre sensible une logique gracieuse. Tout cela peut-il aider à déchiffrer ce qui se passe dans les sociétés, même modernes ? C’est l’hypothèse qui nous guide et que nous chercherons à étayer.     

 

Frère Philippe.M. Margelidon 
Maitre de conférences à la faculté de théologie, Institut catholique de Toulouse

Le Christ et le don, le salut implique-t-il de se donner ? 

La théologie du don en Dieu se déploie de façon différenciée entre Thomas d’Aquin et  Hans Urs von Balthasar. Chez le premier c’est de manière latérale, chez le second c’est de manière centrale. Cette différence de traitement tient à un positionnement métaphysique différent, en partie incompatible, que nous n’avons pas à en traiter et à justifier ici. Nous voudrions exposer, en 20mn et positivement, l’une et l’autre position pour montrer à la fois deux styles théologiques et deux perceptions distinctes du concept de don en théologie trinitaire.

Frère Tanguy Marie Pouliquen
Professeur de théologie morale, ICT, Directeur adjoint Chaire Jean Rhodain

Anthropologie, humanisme intégral et dynamique du don

La conception de la personne humaine détermine le sens à donner aux relations sociales tant à l’intérieur qu’à l’extérieur d’une démarche ecclésiale. Afin d’éviter toute forme sous jacente de mysticisme, narcissisme ou de moralisme, le concile Vatican II dans la constitution Gaudium et spes (1965) a défini la personne (GS 24.3) selon une triple dynamique du don : le don reçu, le don intégré, le don offert. Le premier signifiant la nécessaire ouverture à Dieu et à l’être, le second l’intégration de la grâce et du désir à la subjectivité individuelle, le troisième finalisant la personne dans le don gratuit d’elle-même. L’accomplissement de cette danse anthropologie à trois temps trouve son déploiement ultime au plan relationnel dans une forme de retour du don sur les personnes, retour qui construit l’espace social par un contre don original qui porterait le nom de communion.

 

Jean Marie Fehrenbach,
Bibliste, enseignant à l’ICT, membre de la chaire J.Rodhain,

Vocabulaire du don et de la gratuité dans la Bible

La figure d’un Dieu bienveillant, débordant de tendresse et de bonté miséricordieuse pour ses créatures, est largement présente dans l’ensemble du corpus biblique. La manifestation de cette bienveillance y est perçue à travers des évènements qui sont identifiés comme des dons de Dieu à l’homme, des faveurs qui sont accordées aux « justes », mais aussi aux « injustes », telle en particulier cette faveur gratuite qu’est le pardon.

Mais c’est seulement avec le Nouveau Testament, et dans certains textes plus particulièrement, qu’est développée la notion de don gratuit de personne à personne, un don dont le  modèle est celui du don absolument gratuit qu’est le don du Fils par le Père, comme le don de sa vie par le Christ, pour le salut de l’humanité.

Pour saisir comment cette notion du don, fruit de la bienveillance divine, est exprimée dans la Bible, il est proposé de mener une recherche d’ordre sémantique qui permet d’identifier comment le vocabulaire du Second Testament, bien que marqué par les concepts de la pensée grecque, s’enracine aussi de manière significative dans celui du Premier Testament.

 

Daniel Vigne, Professeur de philosophie à l’ICT

Les pères de l’Eglise et le don gratuit

Dans des contextes historiques différents, les Pères de l’Église ont toujours invité les chrétiens au don et au partage. Ainsi en Orient, Jean Chrysostome, Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze plaidèrent avec vigueur la cause des pauvres. En Occident, Ambroise, Augustin, Césaire d’Arles firent entendre la même exhortation à une vie généreuse. D’autres auteurs moins connus, tels le Pseudo-Barnabé ou Isaac le Syrien, font écho à leurs appels. Nous recueillerons quelques-uns de leurs précieux témoignages pour en dégager la pertinence spirituelle et morale, et la permanence aujourd’hui. »

 

Emmanuel Pic, Prêtre, docteur en théologie, enseignant à l’ICT, membre de la chaire J.Rodhain,

Emmanuel Mounier et Chiara Lubich, sentinelles du troisième millénaire 
 

La pensée d’Emmanuel Mounier et de Chiara Lubich, leur expérience concrète d’une existence en constant dialogue avec les cultures de leurs temps, leur immersion dans la vie et la mission même de l’Eglise catholique dont ils ont eu à souffrir autant qu’ils l’ont aimée, donnent à ces deux figures une place spéciale dans l’histoire théologique et philosophique de l’Europe et du monde. Ils peuvent légitimement apparaître comme les prototypes d’un laïcat tel qu’il s’est dessiné lors du Concile Vatican II, mais plus largement ils sont aussi archétypes d’un nouveau type d’humanité qui parvient à se maintenir dans le monde tout en le contenant en entier dans un  même mouvement de la pensée et du cœur, où l’intelligence de la foi se conjugue avec l’esprit d’initiative.

 

Christine Mengès-Le Pape
Professeur de droit, Université Toulouse 1 Capitole.

La gratuité : quelques aspect d’histoire du droit

A travers l’histoire du droit et de la pensée politique, la question de la gratuité contient une rupture, comme si une bifurcation s’était faite. Marquée par le droit objectif et la tripartition des ordres, la société ancienne semblait lier la gratuité aux idées de devoir et de réciprocité. Avec l’époque moderne et l’émergence des droits subjectifs, le principe de gratuité se rapprocherait plutôt du principe devenu constitutionnel d’égalité.

Luigino Bruni,
Professeur en sciences économiques à l’université de Milan-Bicocca, membre des Foccolari 

Les « esprits » du capitalisme : histoire, don, marché.

Comme l’a décrit Max Weber parmi les premiers, le capitalisme naît profondément lié à un esprit, en particulier celui de la tradition calviniste. Le lien entre le christianisme, en particulier le calvinisme, et la théorie économique (et non seulement la pratique et la culture des entrepreneurs) a été en revanche moins exploré. En réalité, Adam Smith et avec lui toute la fondation théorique de l’économie politique libérale ont été profondément influencés par la réforme protestante, qui avait à son tour hérité de l’idée augustinienne de la séparation des domaines (Cité de Dieu – Cité de l’homme).  La présentation entend montrer que pour comprendre la relation entre don et marché telle qu’elle a été affirmée dans le monde anglo-saxon, il est fondamental de suivre la ligne Saint-Augustin – Luther – Calvin – Smith et la théorie dite du capitalisme philanthropique ou compassionnel. En même temps, elle mettra en évidence que la voie latine – catholique de l’économie moderne avait au contraire tenté un autre chemin, moins dichotomique, plus métissée (entre don et marché), dont le mouvement coopératif et l’entreprise familiale sont deux exemples éloquents.

Carina Basualdo,
Maître de conférences,  Université Paris-Ouest Nanterre La Défense , laboratoire Sophiapol

Deux perspectives psychanalytiques du don : Lacan et Freud

Le point de départ de la recherche porte sur la place et fonction du don dans la subjectivité humaine dont le fondement est l’inconscient freudien. Avec comme hypothèse de base qu’il n’y a pas d’opposition entre la dimension dite « individuelle » et la dimension dite « sociale ». Car, l’inconscient est d’emblée social. C’est ainsi qu’une deuxième hypothèse peut trouver sa place : la recherche psychanalytique sur le don peut, et doit rejoindre la valeur du don comme opérateur social dans la tradition ouverte par Marcel Mauss.

Dans une second temps, il s’agira d’introduire à la perspective psychanalytique à propos du don, où deux versions différentes se dégagent : l’une propre à Freud où le don apparaît confondu au sacrifice, et l’autre qui peut être lue dans l’enseignement de Lacan où la logique du don apparaît différenciée de celle su sacrifice. Différence qui porte des conséquences majeures pour la clinique psychanalytique.

Pascal Ide,
Docteur en médecine, en philosophie et en théologie, Professeur au grand séminaire de Bordeaux

Peut-on parler d’un don chez le vivant non-humain

La question posée choque, au moins à deux titres : le don est un acte libre, voire un acte de libre amour, donc une prérogative humaine ; Charles Darwin nous a appris que le principe d’innovation au sein du vivant est la sélection naturelle, donc la guerre des espèces les unes contre les autres. La relecture attentive du fondateur de l’évolutionnisme, ainsi que nombre d’observations et d’expériences actuelles relatives à l’altruisme animal, introduit une vision plus nuancée du vivant et interroge une interprétation de l’éros uniquement en termes de polémos. Une voie pour une philosophie de la nature inédite se dessinerait-elle ?

 

Aude Suramy
Maitre de conférences Institut Catholique de Toulouse

Karol Wojtyla  et le don

Dans son célèbre discours à l’Unesco,  Jean-Paul II affirme qu’une culture véritablement humaine est une culture de l’amour. Toute sa pensée montre que la personne manifeste sa nature et l’accomplit dans son acte « culturel » d’amour. Il peut s’agir d’un amour très primitif qui nous pousse à connaître toute chose en ce monde. Cet amour est plus encore l’acte de don désintéressé de soi-même éventuellement jusqu’au martyr. Personne et acte, le principal ouvrage philosophique de Karol Wojtyla, témoigne du fait que cet acte désigne tout autant la passion que l’action. L’homme est fait pour aimer et être aimé, pour se donner et recevoir le don d’un autre ou même d’un Tout Autre. Le don à l’autre auquel la personne est appelée n’est pas seulement le don à un prochain en tant qu’il est proche, en tant qu’il est semblable d’une éclatante similitude. C’est aussi le don nocturne à un prochain en tant qu’il est autre, en tant qu’il est infiniment dissemblable d’une dissemblance si mystérieuse et lumineuse qu’elle aveugle l’intelligence de celui qui s’en approche. Le don à l’autre auquel la personne est appelée est un chemin de communion et d’extase nocturne où l’amour même devient connaissance. A l’image de l’amour de Dieu, l’amour de l’homme et de la femme est pour Jean-Paul II  paradigmatique de l’amour extatique et de la profondeur du don. Non sans lien avec la théologie trinitaire, la théologie du corps de Jean-Paul II manifeste l’existence d’un don de soi typiquement masculin et d’un autre typiquement féminin. Notre allocution tentera de manifester quelques particularités de ces deux types.

Emmanuel Gabellieri
Doyen du Pôle Philosophie Sciences Humaines

Université Catholique de Lyon

Interrogations sur le don des philosophes, le don des sociologues
Le débat sur le don dans la pensée française contemporaine donne lieu à une réflexion entre une conception où le don est opposé à la réciprocité (de Lévinas à Derrida ou Marion) et une conception ou au contraire il n’est pensable qu’en termes d’échange (de Mauss à l’école maussienne, comme Godbout, Caillé ou Hénaff).

On se propose d’interroger les présupposés propres à chacune de ces tendances,  dont un point commun paradoxal pourrait bien être d’opposer l’agapé évangélique à l’idée de communion, et on tentera d’esquisser les principes d’une anthropologie et d’une ontologie trinitaire, où l’excès du don ne contredit pas mais crée au contraire l’alliance et la communion des personnes

Mgr  Gérard Defois,
Archevêque évêque émérite de Lille, Président de la fondation Jean Rodhain

Le chemin du réalisme prophétique
 

Michel Dagras
Professeur honoraire de théologie, Vice recteur honoraire de l’ICT

Principe de gratuité et logique du don

Ces deux  expressions énoncées par Caritas et Veritate reposent sur un principe et renvoient à une logique.

Le principe provient d’une conviction de foi (mais aussi basiquement philosophique !) : notre existence nous est radicalement donnée. Nous n’avons aucune prise sur notre origine même si ensuite notre responsabilité se trouve réellement sollicitée dans la construction et le développement de ce qu’il nous est donné d’être et de vivre. La logique du don en découle. Elle se présente comme la conséquence profonde et permanente du principe de gratuité. La fidélité à ce dernier implique en effet qu’il marque l’ensemble et le détail de l’existence humaine, les projets, les entreprises, les expériences qui la concrétisent. Bref qu’il se déploie largement en logique du don.

Le grand défi qui se présente à nous, est de montrer que dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. C’est une exigence de l’homme de ce temps, mais aussi une exigence de la raison économique elle-même. C’est une exigence conjointe de la charité et de la vérité. (n°36)

Sur quels points approfondir cet enseignement ? Comment envisager sérieusement au sein de nos responsabilités d’entrepreneurs des perspectives et des propositions de mise en pratique ?

Bernard Ibal
Professeur  agrégé de philosophie, membre du CESE, Vice-Président des  Semaines Sociales de France

Economie du don : utopie et réalisme, de l’ouverture à l’altérité.

L’utopie au sens contemporain est un rêve individuel et collectif, mais qui n’a rien de chimérique. A la différence des idéologies bien bouclées, les utopies visent des buts un peu vagues et sans cesse rediscutés, mais elles dynamisent la société, donnent du sens, ré-enchantent la vie…et finissent peu ou prou par devenir réalité. L’économie du don en est l’illustration. On la trouve de façon visible dans les transferts sociaux, l’économie sociale et solidaire, la RSE, etc. elle est présente dans une certaine écologie et en un autre sens dans le risque. Elle peut corriger concrètement l’avidité de la financiarisation. Elle triomphe tous les jours secrètement dans le travail parental, les actes d’amitiés et d’entraide, le bénévolat, les actions caritatives, syndicales et politiques, et, dans l’entreprise, par un engagement de chacun au-delà des seules fins pécuniaires. L’économie du don est une utopie d’abord parce qu’elle est un paradoxe anthropologique : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » Ac. Ap. XX 35

François Daguet
Docteur en théologie, diplômé de l’IEP de Paris, Maître de conférences à la Faculté de Théologie  de l’ICT

L’Eglise et le don

 » L’Eglise est un mystère, c’est-à-dire une œuvre que le Père réalise à travers et avec les hommes qu’il veut unir à son Fils par l’Esprit. C’est dire qu’elle se reçoit de Dieu, comme un don, avant d’être une réalité que les hommes  édifient en retour. L’œuvre humaine est d’abord réponse au don gratuit de Dieu. Mais, dans cette réponse, l’Eglise, c’est-à-dire l’assemblée des croyants, entre à son tour dans cette économie du don, en dispensant les dons divins à tous ceux qui veulent bien les recevoir : vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement (Mt 10, 8) ».

 

Anouk Grevin
Maître de conférences en sciences de gestion, Université de Nantes, collectif GRACE

Le don au cœur du travail

Les entreprises sont aujourd’hui confrontées à la montée d’un mal-être au travail, que le sociologue Norbert Alter a proposé d’expliquer avec un langage jusqu’ici largement étranger aux organisations : le malaise au travail serait un malaise du don. Le don existerait-il au cœur même du travail ? Cette perspective place les sciences de gestion face à une problématique jusqu’ici très peu étudiée : le défi à relever est celui de sortir des paradigmes habituels, pour explorer les dynamiques de don présentes dans l’organisation. Nous proposons, à partir d’un cas concret, de mettre en évidence la dimension de don inhérente au travail et combien elle est essentielle à l’organisation. La logique du don n’est cependant pas sans poser de nombreuses questions à la logique gestionnaire et N. Alter va jusqu’à postuler l’incapacité culturelle du management à reconnaître le don. Il s’agit dès lors pour nous d’identifier les conditions de la reconnaissance du don dans l’organisation, et d’analyser en particulier le rôle du manager et la manière dont les outils du management peuvent devenir des espaces de reconnaissance de la dimension de don présente au cœur du travail.

Bénédicte de Peyrelongue
Docteur en sciences de gestion, Professeur de marketing  à l’INSEEC Paris, GRACE

Don et Marketing 

Don et Marketing sont deux notions dont l’association semble incongrue ! Le sens commun nous martèle en effet que le marketing a pour objectif premier de faire gagner de l’argent ; certainement pas d’en donner ! Mais si « le don est partout » (Godbout, 1992) alors il doit être possible d’en trouver au moins quelques signes même dans cette discipline… Mais où ? Et comment se manifeste-t-il ?

Cette communication montre que le marketing s’appuie depuis longtemps sur la caractéristique anthropologique de l’individu,  intrinsèquement et fondamentalement orienté vers l’autre, pour obtenir de sa part le comportement désiré. Elle montre que l’inverse est vrai également : cette caractéristique humaine influence aussi à son tour les décisions marketing. Nous concluons cette réflexion en soulignant l’immense champ de recherche inexploré en sciences de gestion : la place et le rôle du don gratuit dans cette discipline.

Association Domino

Domino développe depuis 2001 des ateliers ou séjours artistiques de théâtre, peinture, écriture, musique, jardin ….pour révéler à toute personne qu’elle est créatrice, que sa vie peut être une œuvre d’art, qu’elle a un rôle singulier à jouer dans la société. Domino s’adresse particulièrement à des personnes en situation de handicap mental, souffrant de troubles psychiques, traversant des difficultés professionnelles, familiales ou sociales. Elle est un espace de création, de vie, d’écoute, de présence, de rencontres où la différence et la fragilité sont sources d’enrichissement et d’humanisation.

 

Animation théâtrale autour du thème du Petit Prince d’A.de  St Exupéry

Le théâtre comme expérience du don et de l’altérité. Au commencement tout est relation

L’acte théâtral, dans son acception la plus simple possède cette vertu inouïe de nous décentrer de nous-mêmes, de nous dépouiller de nos différentes formes de mondanités. A l’instar du déplacement qu’est amené à opérer le Petit Prince, la scène nous donne d’expérimenter que tous nos pouvoirs, nos avoirs, nos savoirs, nos devoirs, ne nous servent de rien, lorsque, exposés au regard de l’autre, nous nous retrouvons vulnérables, dans l’attente de ce qui va se jouer, ici et maintenant, avec mon ou mes partenaires, avec le public.

Apprivoiser l’incertitude, l’inconnu : premier pas de la relation entre moi et l’autre ; premiers pas de cette dépendance possiblement heureuse, fécondante ; premier pas de la confiance appelée à grandir dans le don réciproque de ce que chacun est. Et c’est probablement en cela, que les personnes, qui quotidiennement font l’expérience de la nécessaire dépendance, par leur fragilité avouée, par leur handicap accepté,  ont quelque chose à nous enseigner, à nous donner.

Joseph Marty,
Docteur es lettres et en théologie

Quand le don se donne à voir au cinéma

Le film de Gabriel Axel, Le Festin de Babette (1987), est un chef d’œuvre du 7e Art, inspiré d’une nouvelle de Karen Blixen.. Ce cadeau fait aux spectateurs a le mérite de décliner, sans prétention, différents aspects du don qui en révèlent l’étonnante et bouleversante richesse. Babette, qui a tout perdu lors des violences de la Commune de Paris, se réfugie au Danemark chez deux demoiselles rigoureusement fidèles à leur père, pasteur décédé. L’humble service qu’elle offre transforme lentement la vie étroite et austère de la petite communauté puritaine, qu’animent les vieilles filles, jusqu’à la paix du merveilleux festin. L’épreuve de la perte et la gratuité de l’accueil et du service, l’inattendu d’un gain et la peur qu’il suscite, le risque de goûter à l’inconnu et la surprise de découvrir la réconciliation et le pardon, sont autant d’éléments qui dessinent le chemin d’une parabole. Le don matériel fait pressentir, avec le mystère du don de la vie, le don de Dieu qui transfigure les corps et les cœurs quand on accepte de s’ouvrir à sa grâce libérante.

Jean Yves Perrouin
Docteur en droit, membre de la chaire Jean Rodhain

Le don comme révélateur de l’altérité

Benoît XVI dans « Caritas in Veritate » demande avec force d’intégrer une économie du don dans l’économie de marché. Les deux sont-elles compatibles ?

Quoiqu’il en soit, il est d’ores et déjà clair que le don déborde largement la sphère économique.

Par nature le don implique l’autre, il est donc l’expression privilégiée de l’altérité, ce qui pose tout de suite la question de la réciprocité, de la gratuité, du désintéressement. Mais au fait « je » est-il un autre ? Autant de questions qui conduisent à la question originelle qui est celle de l’attente du donateur, manifestation en effet de l’Agapé. Rendons nous à l’évidence, il y a bien une théologie trinitaire du don….

 

Marie-Christine Monnoyer, 
Professeur en sciences de gestion, Université Toulouse 1, Titulaire de la chaire J.Rodhain, ICT
Georges Dhers,
Docteur en sciences économiques, chaire J.Rodhain, ICT

L’économie sociale et solidaire : utopie ou réalisme prophétique ?

La mondialisation des échanges et la crise économique durcissent le fonctionnement des entreprises de notre pays, les relations professionnelles et l’organisation du travail. Elles suscitent une réflexion quant à la dynamisation de l’économie sociale et solidaire qui jusqu’à présent regroupait 10% des emplois salariés. Encouragée par une reconnaissance juridique et administrative au niveau français et européen, peut –elle constituer une nouvelle force économique capable de revitaliser certains espaces géographiques et certains secteurs économiques, allant même jusqu’à ouvrir des perspectives pour l’économie traditionnelle ?

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